Vhernier : Freccia

Il faut une certaine assurance pour construire une collection entière de haute joaillerie autour d’une seule idée géométrique. La plupart des maisons misent sur la variété. Vhernier, en dévoilant sa nouvelle collection Freccia High Jewellery à la galerie Perrotin pendant la semaine de la haute couture à Paris, mise au contraire sur la répétition, et parvient à la rendre radicale.

La forme en question est un triangle, celui-là même qui structurait la ligne Freccia originale lancée en 2014. Douze ans plus tard, la maison ne l’a pas remplacé : elle l’a resculpté, aux contours adoucis, au volume approfondi, libéré sur le corps en groupes qui changent d’orientation d’une pièce à l’autre. Vu de près, dans les salles épurées de la galerie, l’effet évoque davantage l’architecture que la parure, chaque triangle se comportant comme un module au sein d’un motif structurel plus vaste plutôt que comme un ornement isolé.

Ce qui empêche cette forme unique de tomber dans la répétition, c’est ce qui se joue à sa surface. Sur les cinq sets présentés, ce même triangle apparaît sous au moins trois registres distincts. Poli miroir, il devient presque minimaliste, tout en reflets et en lignes nettes. Entièrement pavé selon le sertissage signature à deux griffes de Vhernier, il bascule vers quelque chose de bien plus ouvertement précieux. Et dans les pièces les plus techniquement abouties de la collection, il est construit selon la technique Trasparenze, ce procédé maison de longue date qui superpose de fines lamelles de pierre de couleur au cristal de roche, pour que la lumière semble traverser le bijou plutôt que simplement s’y refléter.

C’est dans la Trasparenze que la collection trouve ses moments les plus intéressants. Jade noir, jade vert, lapis-lazuli et nacre sont chacun taillés si finement que le cristal de roche transparaît en dessous, conférant à chaque pierre une luminosité venue de l’intérieur qu’aucun sertissage plat ne pourrait reproduire. Un travail lent et exigeant, et sans doute ce qui se rapproche le plus d’une signature technique propre à Vhernier.

Une astuce d’ingénierie se glisse aussi dans les boucles d’oreilles. Un système de vis dissimulé permet de séparer la partie sertie de diamants de la goutte en pierre de couleur, si bien qu’une même paire remplit deux fonctions : portée près du lobe un jour, en version pendante le lendemain.

Pour des pièces aussi architecturales, elles se portent avec une facilité surprenante. La construction de Vhernier maintient les volumes légers contre la peau, de sorte que le bijou accompagne le mouvement plutôt que de s’y imposer, aux proportions audacieuses mais pensées pour s’effacer dans le geste de celle qui le porte. C’est là, au fond, la vraie signature : une seule forme, sans cesse retravaillée, sans jamais perdre sa rigueur.

La collection se déploie en cinq sets complets, chacun réunissant collier, bague, boucles d’oreilles et bracelet. Un premier set joue la carte de la pure luminosité, en or blanc et diamants seuls. Les quatre autres associent chacun l’or blanc et les diamants à une pierre Trasparenze différente : le jade noir pour l’un, le jade vert pour l’autre, le lapis-lazuli pour le troisième, et la nacre pour le dernier, le cristal de roche courant sous les quatre pour y faire circuler la lumière.