Quand Rome Réécrit les Règles du Temps
Il existe une forme d’audace particulière qui ne vient qu’avec des racines profondes. Bvlgari, le joaillier romain né en 1884, n’a jamais eu l’intention de simplement fabriquer des montres. Il fait des déclarations. Et à Watches & Wonders Genève 2026, participant pour seulement la deuxième fois de son histoire, la Maison n’est pas arrivée comme un nouveau venu cherchant ses marques, mais comme une maison qui a décidé, avec une confiance tranquille, de redéfinir ce qu’une montre peut être.
Le thème de cette année : L’Art de Façonner. Il ne pouvait pas être plus approprié. Tout ce que Bvlgari a dévoilé à Genève ce printemps parle de forme poussée à sa limite absolue, de matériaux étirés au-delà de toute attente, et d’une sprezzatura italienne qui fait paraître l’innovation radicale comme une évidence naturelle.
L’Octo Finissimo 37 : un chef-d’oeuvre trouve une nouvelle toile
La pièce phare est la nouvelle Octo Finissimo 37 mm, et il vaut la peine de s’arrêter pour comprendre ce que Bvlgari a réellement accompli ici. L’Octo Finissimo originale, lancée en 2014, puisait son vocabulaire géométrique directement dans l’architecture de la Rome antique : les coupoles, les colonnes, le jeu entre courbes et arêtes vives qui définissent la Ville Éternelle. Au cours de la dernière décennie, elle a accumulé des records mondiaux d’ultra-plat comme d’autres montres accumulent les complications.
Bvlgari a désormais réduit le diamètre de 40 mm à 37 mm, et ce chiffre seul ne commence pas à raconter l’histoire. Pour y parvenir, la Manufacture a dû développer un mouvement entièrement nouveau, de zéro : le BVF 100, un calibre dont la conception a nécessité trois années de travail. Mesurant seulement 2,35 mm d’épaisseur sur 31 mm de diamètre, il est fini à la main en côtes de Genève rayonnantes, une décoration plus complexe et plus rare que la version droite traditionnelle. La montre, une fois assemblée, pèse 65 grammes. Elle se porte, de l’avis de tous, comme si elle n’existait presque pas.
La réserve de marche de 72 heures offre trois jours complets d’autonomie. Les vis octogonales révèlent un nouveau profil lorsqu’on les examine de près. Jusqu’à la jonction entre le bracelet et le boîtier, redessinée avec un système de vissage conçu pour garantir une harmonie visuelle et fonctionnelle à travers différentes matières et finitions.
Quatre versions sont présentées : le titane en finition sablée ou polie satinée, l’or jaune 18 carats, et une variante Répétition Minutes abritant le calibre de manufacture BVL 362. Les éditions en titane, en particulier, semblent être la distillation de tout ce que l’Octo Finissimo a toujours incarné : légèreté, précision, et une silhouette qui se glisse sous la manchette d’une chemise aussi naturellement qu’une seconde peau.
Comme l’a formulé Fabrizio Buonamassa Stigliani, directeur de la création horlogère de Bvlgari : le 37 mm est une toile blanche revisitée. Réduire le diamètre n’était pas une contrainte. C’était une invitation.


L’Ultra Tourbillon Platinum : dix records, et la suite
Si l’Octo Finissimo 37 est la déclaration de Bvlgari sur l’élégance du quotidien, l’Octo Finissimo Ultra Tourbillon Platinum est son manifeste adressé au monde des collectionneurs.
En 2025, la manufacture suisse de la Maison a établi son dixième record mondial d’ultra-plat avec l’Ultra Tourbillon à 1,85 mm. La version en titane a remporté le Grand Prix d’Horlogerie de Genève la même année. Désormais, ce même mouvement habite un boîtier et un bracelet intégré entièrement façonnés en platine, produits en série limitée à dix pièces.
L’histoire du platine en haute horlogerie est une histoire de rareté et de difficulté. Apparu à la cour de Louis XVI vers 1780, il a connu son âge d’or à l’époque de l’Art déco et demeure aujourd’hui l’une des matières les plus exigeantes à travailler. Dense, pur, à la fois robuste et malléable, il requiert des outils et des mains de spécialistes. Pour une Maison de joaillerie, le platine n’est pas un choix accessoire. C’est, comme le dit Bvlgari, non pas un point de départ, mais le fondement même de tout.
Le cadran squelette arbore un traitement PVD bleu distinctif. Les collectionneurs attentifs aux détails remarqueront la platine spéciale avec sa finition galvanique originale, la roue à rochet en acier sablé, et le bracelet alternant surfaces satinées et polies. Le calibre BVF 900, à remontage manuel, oscille à 28 800 alternances par heure et offre une réserve de marche de 42 heures. Pour dix personnes dans le monde, c’est l’horlogerie dans son expression la plus absolue.

Serpenti Tubogas Studs : le serpent se pare de clous
L’icône serpentine de Bvlgari a toujours été une créature en perpétuelle métamorphose, mais la nouvelle collection capsule Serpenti Tubogas Studs est l’une de ses réinventions les plus audacieuses à ce jour. La technique Tubogas, née dans les années 1940 et nécessitant un enroulage minutieux à la main de fils de métal précieux, est devenue une signature de la Maison dans les années 1970. Bvlgari y superpose aujourd’hui un autre élément de ses archives : le clou.
La géométrie pyramidale du clou puise dans les archives joaillières de Bvlgari et crée un dialogue entre la sensualité souple, presque industrielle, du bracelet Tubogas et la ponctuation nette et sculpturale des accents en or. Quatre éditions limitées sont proposées : une entièrement en or jaune avec cadran en cornaline, et trois dans l’emblématique association bicolore or et acier. Des cadrans en nacre, sodalite et malachite complètent la palette chromatique, chacun associé à des clous en or jaune ou rose, certains pavés de diamants taille brillant.
L’alliance de l’acier et du métal précieux a toujours été l’une des signatures les plus provocantes de Bvlgari. L’acier appartient au monde industriel. L’or appartient à la joaillerie. La Maison passe depuis plus de cinquante ans à affirmer que les deux sont faits pour coexister, et la capsule Serpenti Tubogas Studs est l’argument le plus éloquent à ce jour.


Serpenti Aeterna et l’art de la symphonie gemmologique
Pour ceux qui cherchent la couleur, la réponse de Bvlgari est sans équivoque. La Serpenti Aeterna poursuit sa métamorphose cette année avec une version qui a nécessité 225 heures de développement, 185 heures de sélection et de préparation des pierres, et plus de 60 heures de sertissage.
La pièce entièrement pavée réunit 122 pierres de couleur : rubellite, améthyste, topaze, émeraude, citrine, saphir, tanzanite, tourmaline rose, Paraíba, tsavorite et péridot. Rondes, poires, princesses, ovales : les gemmes forment une composition à la fois parfaitement orchestrée et d’une apparente spontanéité. À l’intérieur du bracelet, des écailles hexagonales ajourées illuminent les pierres et créent d’infinies variations de transparence. Le cadran entièrement pavé de diamants, sculpté en forme de tête stylisée du reptile, ancre la composition dans une puissance graphique saisissante.
Une nouvelle version de la Serpenti Aeterna en or jaune fait également son apparition cette saison, plus retenue dans son extravagance précieuse, avec des lignes de diamants soulignant la silhouette du serpent et un cadran en nacre blanche. Les deux versions partagent la même logique modulaire : le bracelet est conçu pour se porter seul ou superposé à d’autres pièces de la Maison, s’adaptant à l’humeur et au moment.

Datamatrix : la montre qui connaît sa propre histoire
Au-delà des objets eux-mêmes, Bvlgari a introduit à Genève quelque chose de discrètement significatif : le passeport digital pour ses montres. Un code Datamatrix est gravé en toute discrétion au dos de chaque montre Bvlgari depuis 2020, à des fins de traçabilité industrielle. Aujourd’hui, il devient un portail.
Via l’application Bvlgari Touch (disponible sur iOS et Android), le scan du code donne accès à un document numérique inaltérable : spécifications techniques, informations de garantie, certificats d’authenticité, données de traçabilité, et contenus exclusifs sur la création de la montre, son inspiration de design, et ses techniques de fabrication artisanale. Aucune donnée personnelle n’est collectée. Aucune connexion n’est requise au moment du scan.
Fondé sur la technologie Aura Blockchain, le système garantit l’intégrité de chaque pièce dans la durée. Dans une industrie où la provenance et l’authenticité sont des préoccupations de plus en plus centrales, c’est une démarche réfléchie et bien exécutée. La montre mesure le temps. Désormais, elle peut aussi raconter sa propre histoire.

L’école romaine de l’impossible
Bvlgari a toujours fonctionné selon une philosophie particulière : les contraintes de la haute horlogerie ne sont pas des murs, mais des invitations. L’ultra-plat n’est pas un exercice technique, c’est un langage de design. L’acier n’est pas un matériau inférieur, c’est un contrepoint créatif à l’or. Et le serpent, ce symbole antique de transformation et de renaissance que la Maison s’est approprié, n’en finit jamais de devenir quelque chose de nouveau.
Ce que Genève 2026 a confirmé, c’est que le deuxième chapitre de Bvlgari dans le monde de la haute horlogerie n’a rien de timide. L’Octo Finissimo 37 porte la maîtrise technique vers une nouvelle dimension de portabilité. L’Ultra Tourbillon Platinum établit un standard en matière de complication précieuse que peu d’autres sauront approcher. Les capsules Serpenti prouvent que la joaillerie et l’horlogerie, lorsqu’elles partagent le même ADN, produisent quelque chose qu’aucune des deux disciplines ne pourrait atteindre seule.
Rome, dit-on, ne s’est pas construite en un jour. Mais Bvlgari semble de plus en plus déterminé à la remodeler, un millimètre à la fois.

