J’ai rencontré Neeranuj Wongwasin, fondatrice de NUJ COLLECTIVE, dans l’espace New Faces du salon Bangkok Gems en 2024, où j’ai découvert ses bijoux et immédiatement adhéré à son concept. Après avoir eu l’occasion d’essayer ses créations, j’ai été séduite par son approche des pierres naturelles, son esthétique minimaliste et sa vision du bijou comme source d’épanouissement au quotidien. Qu’est-ce qui a inspiré sa démarche ? Comment un simple bijou peut-il devenir un rappel personnel de la personne que nous souhaitons être ? Je suis partie à la rencontre de Neeranuj pour découvrir l’histoire qui se cache derrière sa marque.

Vous avez grandi entourée d’art, de couleurs et de textures, accompagnant souvent votre mère dans le quartier des grossistes en tissus de Bangkok. C’est là que vous avez découvert les perles et commencé à confectionner des bracelets d’amitié pour vous-même et vos proches. Avec le recul, reconnaissez-vous dans ces souvenirs d’enfance les prémices de NUJ COLLECTIVE ? Qu’est-ce que cette petite fille voyait dans les perles qui continue de vous inspirer aujourd’hui ?
Absolument. Depuis cette époque, j’ai pu explorer les activités créatives et artisanales comme passe-temps, et j’étais fascinée par la façon dont nos mains pouvaient créer quelque chose de nouveau à partir de ces toutes petites perles. Je suis tombée amoureuse des couleurs, des formes et des volumes.
J’apprécie profondément ces moments de calme passés à confectionner une pièce et à apprendre par moi-même comment assembler les différents éléments. La création artisanale demande également de réfléchir à la construction du bijou, du début à la fin. Cela m’a aidée à développer ma façon de penser et à comprendre les notions de structure. C’est ainsi que j’aborde encore mon travail aujourd’hui.

La création de bijoux a commencé comme un passe-temps personnel, jusqu’au jour où quelqu’un vous a demandé d’acheter une pièce que vous portiez. Les commandes qui ont suivi vous ont fait prendre conscience que vous pouviez transformer votre passion en activité professionnelle. Vous souvenez-vous du bijou qui a tout déclenché ? Que vous a appris ce moment sur votre propre potentiel créatif ?
Oui, il s’agissait de chaînes tissées à la main autour d’une perle. À l’époque, je pensais simplement m’amuser en les réalisant. Mais après avoir livré cette pièce, j’ai reçu de nombreuses commandes, ainsi que beaucoup d’appels de personnes que je ne connaissais pas et qui souhaitaient découvrir d’autres modèles.
J’ai toujours voulu travailler dans le secteur du design, mais je n’avais jamais vraiment envisagé la joaillerie. Ce moment a marqué un véritable tournant dans ma vie et m’a conduite vers l’univers du bijou. J’ai alors réalisé que mes créations pouvaient rendre les gens heureux.
Après des études de mode et de design textile à l’université Chulalongkorn, vous êtes partie à New York pour étudier le design de bijoux au FIT (Fashion Institute of Technology), avant de travailler pendant cinq ans comme designer pour une maison de haute joaillerie. Comment ces différentes expériences ont-elles façonné votre compréhension du bijou ? Et qu’avez-vous découvert sur votre propre esthétique au cours de ces années dans l’univers de la haute joaillerie ?
Je pense que travailler dans l’univers de la haute joaillerie m’a donné un véritable sens du détail. Le bijou est un petit objet et, lorsque l’on travaille dans un espace aussi réduit, chaque millimètre compte. Le dos d’un bijou est aussi important que son devant.
En ce qui concerne mon esthétique, au fil des années et à mesure que je mûris, je ressens de plus en plus le besoin de revenir à l’essentiel. J’aime les lignes simples, les silhouettes épurées, quelque chose de naturel et sans effort apparent, mais toujours soigneusement pensé.
Cette simplicité m’apporte une certaine sérénité dans ce monde agité, et c’est cette sensation que j’essaie d’insuffler dans mon travail.

Durant vos années à New York, vous avez découvert les cristaux de lithothérapie, l’astrologie et le travail énergétique, qui ont accompagné votre propre cheminement intérieur. Comment cette exploration spirituelle a-t-elle transformé votre façon de concevoir le bijou ? Y a-t-il eu une expérience particulière qui vous a donné envie d’intégrer ces dimensions dans votre propre marque ?
Le bien-être a toujours été un univers vers lequel je me suis naturellement tournée, et ce depuis mon plus jeune âge. J’ai toujours voulu mieux me comprendre et comprendre les autres.
Pendant mes années à New York, le fait d’en apprendre davantage sur les cristaux et les énergies m’a permis de me connecter plus profondément à moi-même. J’ai alors eu envie de réunir mes passions et mon expérience pour créer quelque chose de porteur de sens, que l’on puisse garder avec soi à tout moment. C’est ainsi que j’ai commencé par le bijou.
Pour moi, les bijoux sont porteurs de souvenirs et d’énergie. Ce sont des objets profondément personnels, qui peuvent aussi devenir des cadeaux précieux, que l’on s’offre à soi-même ou à ceux que l’on aime.
NUJ COLLECTIVE a vu le jour en 2021 autour du concept d’« Everyday Gentle Empowerment », que l’on pourrait traduire par une force intérieure douce au quotidien. Une belle philosophie qui suggère que le bijou peut nous accompagner et nous soutenir sans avoir besoin de faire une déclaration éclatante. Que signifie personnellement pour vous cette idée de force intérieure douce, et comment la traduisez-vous dans vos créations ?
Pour moi, le mot « Everyday » signifie que les bijoux sont faciles à porter, qu’ils s’accordent avec toutes les tenues et qu’ils peuvent naturellement faire partie de notre quotidien.
Quant à la notion de « Gentle Empowerment », elle exprime la manière dont je souhaite que nos créations inspirent celle qui les porte. C’est comme un murmure qui lui dirait : « Je crois en toi. » C’est quelque chose qu’elle seule a besoin de savoir, sans même avoir à le montrer aux autres.
Je pense que cette philosophie se reflète aussi bien dans nos créations que dans notre identité de marque. Nous avons même imaginé certains modèles réversibles, qui permettent de porter le bijou des deux côtés et de dissimuler la pierre. Lorsque je porte l’un de ces modèles, je tourne toujours la pierre vers l’intérieur et laisse apparaître le côté métallique.

Vos créations mettent souvent en valeur une ou deux pierres soigneusement sélectionnées, plutôt qu’une accumulation de cristaux. Vous les décrivez comme de doux rappels qui nous aident à renouer avec l’énergie que nous souhaitons incarner. Pourquoi cette approche minimaliste est-elle si importante pour vous ? Et comment aimeriez-vous qu’une femme se sente lorsqu’elle choisit chaque matin de porter un bijou NUJ COLLECTIVE ?
Lorsque l’on pense aux cristaux et à l’énergie, on imagine souvent que plus la pierre est grosse, mieux c’est. Mais, pour moi, un cristal peut être un symbole qui exprime nos convictions.
Je partage souvent avec nos clientes l’idée qu’elles peuvent définir une intention pour leur bijou, en faire un rappel de leur objectif ou de ce qui compte pour elles. Ainsi, chaque fois qu’elles portent ou regardent leur bijou, leur subconscient les ramène naturellement à cette fréquence énergétique. C’est finalement à elles d’ouvrir leur cœur à de nouvelles possibilités.
Dans cette approche, une ou deux pierres suffisent largement pour jouer ce rôle de rappel.
J’espère que les femmes qui portent nos créations se sentiront bien dans leur peau, en harmonie avec elles-mêmes. Qu’elles auront confiance en elles, se sentiront soutenues et portées vers le haut.

Vous encouragez vos clientes à faire confiance à leur intuition lorsqu’elles choisissent un cristal, en considérant que la pierre qui attire leur regard est peut-être précisément celle dont elles ont besoin. Face à une telle variété de couleurs, de motifs et de caractéristiques naturelles, comment développer une connexion personnelle avec une pierre ? Existe-t-il un cristal qui occupe une place particulière dans votre cœur, et sa signification a-t-elle évolué au fil du temps ?
Je crois que tout est énergie. Lorsque vous regardez une pierre et que vous ressentez simplement une pointe de curiosité, l’envie de la toucher ou de vous en approcher, cela suffit à mes yeux pour dire qu’une connexion existe entre vous et cette pierre.
Je crois également qu’à chaque étape de notre vie, nous sommes attirés par des pierres différentes. De plus, chacune d’entre elles agit différemment selon les personnes.
Personnellement, j’ai une affection particulière pour la malachite. C’est une pierre de transformation qui nous invite à ouvrir notre cœur et à oser prendre des risques.
J’ai conservé les premières créations de ma marque réalisées avec de la malachite, car elles représentaient pour moi un rappel : celui de sortir de ma zone de confort et de trouver la force de me lancer dans cette nouvelle aventure entrepreneuriale.

Vos créations associent des pierres naturelles porteuses de sens, des détails mobiles et une esthétique moderne et minimaliste, donnant naissance à des bijoux faciles à porter au quotidien. Comment parvenez-vous à concilier la beauté et le caractère unique des pierres naturelles avec la précision, les finitions et le confort que l’on attend de la haute joaillerie ? Et quel rôle joue le mouvement rotatif dans l’expérience de celles qui portent vos créations ?
L’idée des perles en cristal est née de ma réflexion autour du mouvement de l’énergie. Je trouvais amusant de permettre aux cristaux de bouger. De plus, les perles étaient disponibles dans une grande variété de couleurs sur le marché.
Beaucoup de mes clientes, moi y compris, aiment particulièrement faire tourner la perle lorsqu’elles portent leur bijou. Il y a quelque chose de très apaisant dans ce geste.
Quant à l’esthétique contemporaine, je pense qu’elle vient naturellement lorsque je dessine une pièce. J’imagine chaque création comme un bijou qui s’associe facilement à une tenue du quotidien, tout en conservant de beaux volumes et des finitions soignées.
Depuis son lancement à Bangkok, NUJ COLLECTIVE développe progressivement sa présence à travers des pop-up stores dans plusieurs villes, notamment Hong Kong, Shanghai et Singapour. En tant que fondatrice indépendante, quelle a été la plus grande surprise ou le défi le plus important dans la construction de votre marque ? Et qu’avez-vous appris en observant la manière dont les femmes de différents marchés s’approprient vos bijoux ?
Découvrir chacune de ces villes m’a permis de mieux comprendre la personnalité des femmes, ce que je trouve particulièrement intéressant.
La plus grande surprise est sans doute de constater que certaines pièces rencontrent un véritable succès dans un pays, alors qu’elles ne se vendent pas du tout dans un autre. Je pense que les habitudes culturelles et les modes de vie quotidiens influencent également les choix de nos clientes.
Le défi consiste à comprendre progressivement chaque marché et à sélectionner les créations les plus adaptées, tout en restant fidèle à l’identité de notre marque.

Votre marque s’adresse à « la femme que vous devenez », suggérant que les bijoux peuvent nous accompagner dans nos transformations personnelles, nos nouvelles ambitions et les différentes étapes de notre vie. Alors que vous vous préparez à développer la présence en ligne de NUJ COLLECTIVE, quel avenir imaginez-vous pour votre marque ? Et si vous pouviez transmettre un sentiment ou un message à chaque femme qui porte vos bijoux, quel serait-il ?
Ce serait : « Restez fidèle à vous-même. La vie est un magnifique voyage fait de croissance et d’évolution. »Je crois que chaque expérience nous conduit là où nous sommes destinés à être. Mon souhait, en développant notre marque, est de créer des liens avec toujours plus de femmes à travers le monde. Et, comme le résume la mission que j’ai définie pour NUJ COLLECTIVE :
« Offrir au monde des créations porteuses de sens, qui inspirent une force intérieure douce au quotidien. »


